L’envie de peindre peut survenir à n’importe quel moment : en regardant un film (qui va faire naître ou renaître certaines émotions), lors d’une simple promenade dans les rues de mon quartier, à la vue d’un visage ou d’une rue qui dégage quelque chose de spécial. A ce moment là, il ne s’agit pas vraiment d’une envie, mais d’un besoin de peindre. Il me faut le faire très rapidement pour ne rien laisser se dissoudre de la sensation que je veux reproduire. L’important, c’est l’instant. Je veux figer sur la toile les âmes qui me marquent et m’ont marqué. Pour ce faire, avec la peinture, je projette sur un visage l’effet qu’il a sur moi.
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, je ne cherche pas à créer une atmosphère qui va déprimer le public potentiel. L’origine des tableaux est parfois sombre, mais leur portée n’a pas vocation à l’être. Il est vrai que je titille mes personnages pour afficher leurs failles ; je déforme les visages par la haine et tords les lignes par la douleur, mais je tiens à toujours laisser des lueurs d’espoir, voir même de joie.
Je choisis des couleurs fortes (celles qui portent une signification lourde, comme le rouge, le noir et le marron «terre»). Mais j’aime beaucoup les détourner de leur représentation symbolique. Le vert au bas d’une toile n’est pas forcément de l’herbe ; et inversement, je n’ai pas besoin de rouge pour simuler le sang. Tous ces codes sont amusants à changer, et sont de parfaits outils de jeu.
Sur le plan technique, j’aime la découverte, alors j’essaie diverses façons de peindre et de préparer la toile. Par exemple, je trempe préalablement le papier à grain «nid d’abeille» dans de l’eau tiède. Ou encore, avant que la peinture à l’huile ne soit totalement sèche, je la couvre de vernis, ou trempe la toile dans l’eau froide, puis je continue de peindre. Toujours par intérêt pour le particulier, je mélange parfois la peinture à de l’encre de Chine.
J’apprécie le fait de peindre au couteau. Le choix de cette méthode dans la réalisation d’un portrait, consiste à aligner sur la toile des touches imprécises qui donnent à l’ensemble une apparence de sculpture. Le visage semble alors taillé dans un bois coloré. Mais je m’autorise aussi d’autres techniques comme le jeté, pour obtenir des effets différents. Dans tous les cas, j’apprécie le relief sur la toile car il rapproche le spectateur des portraits, en rendant ces derniers palpables, donc «vivants» : le maître mot de mes œuvres.
Kendy Sencé
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